Comprendre ma prise en charge
Par :
Dr Dominique Durrer
Poids, muscles, protéines et traitements
L’obésité : une maladie, pas un manque de volonté
L’obésité est une maladie chronique et complexe. Elle ne dépend pas uniquement de votre volonté ou de vos comportements. De nombreux facteurs entrent en jeu : la biologie, la génétique, l’environnement, la psychologie, le métabolisme...
C’est pourquoi votre prise en charge nécessite une équipe spécialisée — médecin formé en obésité, diététicien(ne), psychologue, spécialiste en activité physique — qui travaillent ensemble pour vous proposer un suivi personnalisé et durable.
Perdre du poids, oui — mais surtout bien le perdre
Ce n’est pas juste un chiffre sur la balance
Quand on perd du poids, l’objectif n’est pas simplement de voir le chiffre baisser. Ce qui compte vraiment, c’est de perdre de la graisse tout en préservant vos muscles.
Pourquoi ? Parce que vos muscles jouent un rôle essentiel dans votre métabolisme : ils brûlent environ 5 à 8 fois plus d’énergie que la graisse. Plus vous avez de muscles, plus votre corps dépense d’énergie au repos.
Si vous perdez trop de muscles en perdant du poids, votre métabolisme ralentit — et cela rend la reprise de poids plus probable après l’arrêt du traitement.
💡 La bonne question à se poser :
Ce n’est pas seulement « Combien de kilos ai-je perdu ? »
Mais aussi : « Est-ce que je garde ma force et ma vitalité ? »
Quelle proportion de muscle perd-on en réalité ?
En moyenne, lors d’une perte de poids, 20 à 30 % de ce qu’on perd est du muscle, et 70 à 80 % est de la graisse. Mais cette proportion varie beaucoup selon votre situation :
| Situation | Part de muscle perdue |
| ✅Perte lente + activité physique + beaucoup de protéines | 5 à 15 % |
| 🟢Perte optimisée (musculation + protéines élevées) | 0 à 10 % |
| ⚠️Perte modérée standard | 20 à 30 % |
| ❌Perte rapide + sédentarité + peu de protéines | 40 à 60 % |
| Sous traitement GLP-1 (sans précautions) | 20 à 40 % |
Les traitements GLP-1 : ce qu’il faut savoir
Qu’est-ce que les traitements GLP-1 ?
Ces médicaments (comme le sémaglutide ou le tirzépatide) permettent une perte de poids significative en réduisant l’appétit. Ils sont très efficaces, mais leur utilisation doit s’accompagner de précautions spécifiques.
Pourquoi ces traitements peuvent-ils entraîner une perte musculaire ?
Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :
- Un déficit énergétique important : l’appétit diminué peut réduire les apports de 500 à 1 000 kcal par jour, poussant l’organisme à puiser dans ses réserves — y compris les muscles.
- Un apport en protéines souvent insuffisant : quand on mange moins, on mange aussi souvent moins de protéines, ce qui limite la régénération musculaire.
- Une baisse de l’activité physique : la fatigue initiale ou une baisse de motivation peut réduire les mouvements, ce qui favorise la perte musculaire.
- Une adaptation naturelle de l’organisme : en maigrissant, le corps s’adapte à son nouveau poids et réduit naturellement certains tissus actifs.
Qui est particulièrement à risque ?
- Les personnes âgées, dont les réserves musculaires sont déjà réduites
- Les personnes avec une sarcopénie (perte musculaire) déjà présente
- Ceux qui mangent peu de protéines
- Ceux qui ne font pas d’exercice physique
- En cas de perte de poids trop rapide (plus d’environ 1 % du poids par semaine)
Les protéines : votre allié principal
Pourquoi les protéines sont-elles si importantes ?
En période de perte de poids, votre corps a besoin de plus de protéines que d’habitude. C’est parce que le déficit calorique augmente la dégradation des protéines et réduit leur synthèse dans les muscles.
Les protéines jouent plusieurs rôles essentiels :
- Elles « construisent » et maintiennent les muscles
- Elles réduisent la dégradation musculaire
- Elles augmentent la sensation de satiété
- Elles aident à maintenir la force physique
Combien de protéines faut-il manger ?
Les recommandations habituelles (0,8 g/kg/jour) sont insuffisantes en période de restriction calorique. Voici ce qui est recommandé dans votre situation :
| Situation | Apport recommandé |
| Situation standard (restriction modérée) | 1,2 à 1,5 g/kg/jour |
| Objectif de préservation musculaire active | 1,5 à 1,8 g/kg/jour |
| Traitement GLP-1 ou sarcopénie présente | Jusqu’à 1,8 g/kg/jour (poids ajusté) |
🍽️ Astuce pratique :
Répartissez vos protéines sur la journée : visez 20 à 40 g de protéines à chaque repas, au moins 3 fois par jour. Évitez de mettre toutes vos protéines dans le repas du soir — c’est une erreur fréquente !
L’activité physique : le levier le plus puissant
L’activité physique — et surtout le renforcement musculaire — est le moyen le plus efficace pour préserver vos muscles pendant la perte de poids. C’est encore plus vrai si vous êtes sous traitement GLP-1.
- Avec musculation régulière : perte musculaire limitée à 10-20 % de la perte totale
- Avec cardio seul : environ 20-30 %
- Sans activité : 30-40 %, parfois plus
🏆 La combinaison gagnante :
Protéines suffisantes + renforcement musculaire + perte de poids progressive
Cette combinaison permet non seulement de préserver les muscles, mais chez certaines personnes, elle peut même permettre d’en gagner malgré la perte de poids !
Se préparer avant de commencer un traitement GLP-1
Avant de démarrer ce type de traitement, une phase de préparation de 2 à 3 mois est fortement recommandée. Elle permet de « mettre votre corps en condition » et de mieux tolérer le traitement.
Pendant cette phase, l’objectif est de :
Augmenter vos protéines : viser 1,2 à 1,5 g/kg/jour (calculé pour un IMC de 25).
La quantité de protéines dont vous avez besoin sera adaptée à votre situation personnelle : votre âge, votre niveau d’activité physique, et votre état de santé. Certains problèmes de santé (comme le diabète, des soucis aux reins ou au foie) ou certains médicaments peuvent aussi influencer cette quantité.
- Mettre en place une activité physique régulière : idéalement 3 séances par semaine de 40 à 60 minutes
- 50 % d’endurance (marche rapide, vélo, natation...)
- 50 % de renforcement musculaire (exercises contre résistance)
La quantité de protéines dont vous avez besoin sera adaptée à votre situation personnelle : votre âge, votre niveau d’activité physique, et votre état de santé. Certains problèmes de santé (comme le diabète, des soucis aux reins ou au foie) ou certains médicaments peuvent aussi influencer cette quantité.
Comprendre les variations rapides de poids
Il est fréquent d’observer des variations de 1 à 2 kg en 24 à 48 h. Pas d’inquiétude : ce n’est pas de la graisse. Ce sont presque toujours des variations d’eau dans le corps.
Qu’est-ce qui provoque ces fluctuations ?
- Le sel (sodium) : manger plus salé peut entraîner une rétention d’environ 1 litre d’eau (+1 kg sur la balance)
- Les glucides : après une période sans sucres, les recharger fait stocker du glycogène avec de l’eau — jusqu’à 1,5-2 kg de plus
- Les variations hormonales : en période prémenstruelle, la rétention d’eau peut atteindre 1 à 2 kg
Comprendre ces mécanismes vous aide à ne pas vous décourager et à interpréter votre poids de façon sereine.
Reins, goutte et protéines : ce qu’il faut savoir
Les traitements GLP-1 et les reins
Ces traitements sont généralement sûrs pour les reins. En début de traitement, les nausées et la perte d’appétit peuvent provoquer une déshydratation qui fatigue temporairement les reins.
Pour protéger vos reins :
- Boire suffisamment d’eau, surtout en cas de nausées
- Signaler à votre médecin tout antécédent de maladie rénale
- Consulter si vous ressentez une fatigue inhabituelle, des vertiges ou une diminution des urines
En cas d’insuffisance rénale
Si vous avez une maladie des reins, votre alimentation doit être adaptée par votre médecin. Ne modifiez pas vos apports en protéines sans avis médical.
La goutte
Lors d’une perte de poids rapide (notamment sous GLP-1), le taux d’acide urique peut augmenter temporairement et déclencher une crise de goutte chez certaines personnes.
Pour réduire ce risque :
- Favoriser une perte de poids progressive
- Bien s’hydrater chaque jour
- Signaler tout antécédent de goutte à votre médecin
- Consulter rapidement en cas de douleur articulaire brutale
Antécédents de calculs rénaux
Un apport trop élevé en protéines animales peut favoriser certains types de calculs. Voici les recommandations pratiques :
- Privilégier en partie les protéines végétales (lentilles, pois chiches, tofu)
- Répartir les protéines sur la journée
- Maintenir un apport normal en calcium alimentaire (ne pas le supprimer sans avis)
- Bien s’hydrater (objectif : urines claires)
- Éviter les régimes hyperprotéinés non encadrés
La sarcopénie : ne pas confondre avec une perte musculaire
C’est quoi la sarcopénie ?
La sarcopénie, c’est une situation où on perd à la fois de la masse musculaire ET de la force physique. C’est un problème fonctionnel — pas juste un chiffre sur un appareil de mesure.
Attention aux idées reçues
Quand un examen de composition corporelle montre une baisse de « masse maigre », cela ne veut pas automatiquement dire que vous perdez beaucoup de muscle. Une partie de cette baisse peut être due à :
- Une diminution de l’eau corporelle
- Des changements dans le tissu adipeux
- Une amélioration de la qualité du muscle (moins infiltré par la graisse)
💪 Message rassurant :
Les traitements pour perdre du poids ne font pas « fondre » les muscles de manière excessive. Ils permettent surtout une perte de graisse importante et une amélioration de la santé métabolique.
À retenir : vous avez un rôle actif !
La perte de masse musculaire n’est pas inévitable. Elle devient significative seulement quand plusieurs facteurs s’accumulent. Mais avec la bonne approche, vous pouvez protéger vos muscles — et même, dans certains cas, en gagner !
| ✅ À faire | ❌ À éviter |
| 🌱 Manger suffisamment de protéines à chaque repas | Faible apport protéique |
| 🏋️ Faire du renforcement musculaire régulièrement | Sédentarité totale |
| 🚶 Rester actif au quotidien | Perte de poids trop rapide |
| 💧 Bien s’hydrater | Jeûnes prolongés non encadrés |
| 👨💻 Suivre un accompagnement spécialisé | Se modifier l’alimentation sans avis médical |